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Article: Birmanie: la transition octroyée
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TitleBirmanie: la transition octroyée
 
AuthorsEgreteau, R
 
Issue Date2012
 
PublisherSociete d'Edition de Revues (SER). The Journal's web site is located at http://www.revue-etudes.com/
 
CitationEtudes: revue de culture contemporaine, 2012, v. 416 n. 3, p. 151-161 [How to Cite?]
 
AbstractÉtonnante Birmanie 1. Sous la coupe dirigiste de ses forces armées (Tatmadaw en birman) depuis un premier coup d’État en 1962, le pays fait rarement l’objet de commentaires élogieux. En laissant place en mars 2011 à un gouvernement civil issu des premières élections parlementaires organisées depuis 1990 – mais qu’elle avait strictement encadrées le 7 novembre 2010 – la junte au pouvoir n’a pas dissipé les doutes quant à l’effectivité de la transition qu’elle déclarait alors incarner. Pourtant, une année plus tard, le paysage politique birman apparaissait bien différent de celui que le général Than Shwe dominait jusqu’à son retrait début 2011. Aung San Suu Kyi, égérie de l’opposition démocratique depuis le soulèvement de 1988, a été libérée peu après les élections. Depuis, elle s’est vue offrir par le nouveau président de l’Union2, l’ex-général Thein Sein, l’opportunité d’entrer, enfin, dans le jeu politicien. Son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) est redevenu légal après plus d’un an de mise à l’écart, tant choisie qu’imposée3, et elle-même a déclaré sa candidature aux élections partielles du 1er avril 2012. Elle fut surtout invitée à Naypyidaw4 pour y rencontrer les deux hommes forts du nouveau régime : Thein Sein donc, et le président de la chambre basse du Parlement, Shwe Mann, ancien chef d’état-major de Tatmadaw. Outre ce retour en grâce accepté d’Aung San Suu Kyi, le parlement – dominé par les militaires et leurs alliés du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USPD) – a fait voter à partir de l’été 2011 une surprenante série de textes législatifs, allant de la légalisation des syndicats à l’octroi du droit de grève ou de manifestation publique. En octobre 2011, puis janvier 2012, deux lois d’amnistie concédèrent la libération de plus de 500 prisonniers politiques, dont le comédien Zarganar et les principaux leaders du soulèvement étudiant de 1988, tels Min Ko Naing et Ko Jimmy. Des négociations de paix ont aussi été lancées tous azimuts avec les rébellions ethniques encore actives dans les zones frontalières, notamment les Karens et les Shans. Enfin, les signes d’ouverture d’un pays trop longtemps ostracisé par l’Occident ont été confirmés lors de la visite en décembre 2011 d’Hillary Clinton, Secrétaire d’État américaine, tandis que l’ASEAN5 acceptait de confier la présidence tournante de l’Association à la Birmanie pour 2014. La Chine de son côté, encombrant mais fidèle allié d’une Birmanie sous le coup de sanctions internationales depuis les années 1990, reçut un singulier camouflet. Le gouvernement Thein Sein a en effet ordonné en septembre 2011 la suspension d’un pourtant lucratif projet de barrage chinois dans le nord du pays. Le changement de cap opéré en 2011 est donc manifeste, inattendu même. Il s’agit bien là d’un processus de transition, enfin enclenché après des années de promesses déçues. Cependant, loin d’être impulsée par une population révoltée, à l’instar du monde arabo-musulman, cette transition semble résolument pilotée par le haut, par une institution militaire dont une frange progressiste, désormais au sommet de la hiérarchie, cherche à imposer un élan réformateur. L’ordre institutionnel « prétorien » établi par la Constitution de 2008 n’en est pourtant pas fondamentalement altéré. Si les forces armées ont entamé une mue bienvenue, les incertitudes demeurent quant à l’étendue des réformes, la possibilité de leur acceptation par une armée polymorphe et toujours dominante, et le développement d’un plus large processus de démocratisation de la société birmane.
 
ISSN0014-1941
 
DC FieldValue
dc.contributor.authorEgreteau, R
 
dc.date.accessioned2012-02-28T01:59:32Z
 
dc.date.available2012-02-28T01:59:32Z
 
dc.date.issued2012
 
dc.description.abstractÉtonnante Birmanie 1. Sous la coupe dirigiste de ses forces armées (Tatmadaw en birman) depuis un premier coup d’État en 1962, le pays fait rarement l’objet de commentaires élogieux. En laissant place en mars 2011 à un gouvernement civil issu des premières élections parlementaires organisées depuis 1990 – mais qu’elle avait strictement encadrées le 7 novembre 2010 – la junte au pouvoir n’a pas dissipé les doutes quant à l’effectivité de la transition qu’elle déclarait alors incarner. Pourtant, une année plus tard, le paysage politique birman apparaissait bien différent de celui que le général Than Shwe dominait jusqu’à son retrait début 2011. Aung San Suu Kyi, égérie de l’opposition démocratique depuis le soulèvement de 1988, a été libérée peu après les élections. Depuis, elle s’est vue offrir par le nouveau président de l’Union2, l’ex-général Thein Sein, l’opportunité d’entrer, enfin, dans le jeu politicien. Son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) est redevenu légal après plus d’un an de mise à l’écart, tant choisie qu’imposée3, et elle-même a déclaré sa candidature aux élections partielles du 1er avril 2012. Elle fut surtout invitée à Naypyidaw4 pour y rencontrer les deux hommes forts du nouveau régime : Thein Sein donc, et le président de la chambre basse du Parlement, Shwe Mann, ancien chef d’état-major de Tatmadaw. Outre ce retour en grâce accepté d’Aung San Suu Kyi, le parlement – dominé par les militaires et leurs alliés du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USPD) – a fait voter à partir de l’été 2011 une surprenante série de textes législatifs, allant de la légalisation des syndicats à l’octroi du droit de grève ou de manifestation publique. En octobre 2011, puis janvier 2012, deux lois d’amnistie concédèrent la libération de plus de 500 prisonniers politiques, dont le comédien Zarganar et les principaux leaders du soulèvement étudiant de 1988, tels Min Ko Naing et Ko Jimmy. Des négociations de paix ont aussi été lancées tous azimuts avec les rébellions ethniques encore actives dans les zones frontalières, notamment les Karens et les Shans. Enfin, les signes d’ouverture d’un pays trop longtemps ostracisé par l’Occident ont été confirmés lors de la visite en décembre 2011 d’Hillary Clinton, Secrétaire d’État américaine, tandis que l’ASEAN5 acceptait de confier la présidence tournante de l’Association à la Birmanie pour 2014. La Chine de son côté, encombrant mais fidèle allié d’une Birmanie sous le coup de sanctions internationales depuis les années 1990, reçut un singulier camouflet. Le gouvernement Thein Sein a en effet ordonné en septembre 2011 la suspension d’un pourtant lucratif projet de barrage chinois dans le nord du pays. Le changement de cap opéré en 2011 est donc manifeste, inattendu même. Il s’agit bien là d’un processus de transition, enfin enclenché après des années de promesses déçues. Cependant, loin d’être impulsée par une population révoltée, à l’instar du monde arabo-musulman, cette transition semble résolument pilotée par le haut, par une institution militaire dont une frange progressiste, désormais au sommet de la hiérarchie, cherche à imposer un élan réformateur. L’ordre institutionnel « prétorien » établi par la Constitution de 2008 n’en est pourtant pas fondamentalement altéré. Si les forces armées ont entamé une mue bienvenue, les incertitudes demeurent quant à l’étendue des réformes, la possibilité de leur acceptation par une armée polymorphe et toujours dominante, et le développement d’un plus large processus de démocratisation de la société birmane.
 
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dc.identifier.urihttp://hdl.handle.net/10722/145633
 
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